
6 min de lecture
Ballonnements, transit chaotique, fatigue inexpliquée, gaz invalidants ? Votre microbiote est peut-être déséquilibré. Voici ce qu'est vraiment une dysbiose, comment la reconnaître, et pourquoi le vrai travail ne consiste pas à corriger une liste de bactéries, mais à comprendre ce qui, chez vous, a laissé ce déséquilibre s'installer.

La dysbiose, c'est un déséquilibre de votre microbiote intestinal : sa composition, sa diversité ou son fonctionnement se dérèglent, et cela retentit sur votre digestion, votre immunité, votre énergie et bien au-delà. C'est une réalité que je rencontre presque chaque jour en consultation, pour presque toutes les problématiques de santé. Il existe plusieurs formes de dysbiose selon l'endroit du tube digestif concerné et le type de déséquilibre. Un test de microbiote peut aider à y voir plus clair, à condition d'être interprété par un praticien qui maîtrise bien le sujet, et qui connait votre tableau clinique. Et surtout, l'essentiel du travail ne consiste pas à corriger une liste de bactéries, mais à comprendre pourquoi votre terrain a laissé ce déséquilibre s'installer.
Vous ballonnez tous les jours, votre transit est aléatoire, vous êtes fatiguée sans raison claire, et votre alimentation est devenue une liste de "ça je peux, et ça non". Vos inconforts digestifs ont une explication, encore faut-il savoir où chercher. Un déséquilibre de votre microbiote intestinal est ce que l'on appelle une dysbiose, par opposition à l'eubiose (équilibre). Cet article a vocation à vous expliquer ce qu'est vraiment une dysbiose, ses différentes formes, ce qu'elle peut provoquer, d'où elle vient, et comment je l'aborde en suivi.
Votre intestin abrite des milliers de milliards de micro-organismes, votre microbiote, qui forment un véritable écosystème. Quand cet écosystème est équilibré, il vous rend d'immenses services : il digère les fibres, fabrique des composés précieux comme les acides gras à chaîne courte qui nourrissent vos cellules intestinales, participe à votre immunité, produit des neurotransmetteurs, régule l'inflammation...
Une dysbiose, c'est quand cet équilibre est rompu. Le déséquilibre peut porter sur trois dimensions :
Ce dernier point est capital, et souvent oublié : un microbiote peut sembler « correct » sur le papier tout en travaillant mal. C'est pour cela qu'on ne peut pas résumer une dysbiose à une simple liste de bonnes et de mauvaises bactéries. Ce qui compte, c'est ce que votre écosystème fait, ou ne fait plus.
Notion importante à garder en tête : la dysbiose n'est pas une maladie, et n'a pas de définition stricte à l'heure actuelle. Il n'existe pas de microbiote de référence parfait, il y de grandes différences en fonction des personnes, sans pour autant qu'il n'y ait des symptômes. Tout est affaire de symptômes et des éléments de réponse que l'on peut trouver dans un test et autres indices.
Toutes les dysbioses ne se ressemblent pas, et c'est justement ce qui demande une précision dans l'accompagnement. Deux grilles de lecture m'aident à situer le déséquilibre.
La première regarde OÙ le déséquilibre se situe dans le tube digestif. Car votre intestin n'est pas uniforme : l'intestin grêle est normalement peu peuplé, et le côlon l'est très densément. Un micro-organisme à sa place dans le côlon devient un problème s'il colonise le grêle. C'est de là que viennent plusieurs formes que vous croiserez peut-être :
La seconde grille, la plus éclairante à mon sens, regarde QUI prend le dessus, et pourquoi. Votre côlon est normalement un milieu hypoxique (sans oxygène), dominé par des bactéries qui fermentent les fibres et produisent les acides gras à chaîne courte, dont le fameux butyrate, protecteur de votre paroi intestinale. Quand le terrain se dégrade, l'équilibre bascule au profit d'espèces qui tolèrent l'oxygène et fabriquent moins de ces composés protecteurs. Autrement dit, ce n'est pas qu'une question de « quelle bactérie », c'est une question de contexte, de ce qui a permis ce basculement.
Il y a une raison de plus, souvent ignorée, pour laquelle certaines personnes voient un déséquilibre s'installer et d'autres non : l'état des défenses de la paroi intestinale elle-même. Votre intestin grêle, en particulier, est normalement protégé contre la colonisation par tout un arsenal local. Une couche de mucus qui tient les bactéries à distance, des cellules spécialisées, les cellules de Paneth, qui sécrètent des peptides antimicrobiens comme les défensines, des anticorps de surface, les IgA sécrétoires, et des jonctions serrées qui scellent la barrière fermement. Tant que cet arsenal fonctionne, le grêle reste peu peuplé et les bactéries ne s'implantent pas.
Quand ces défenses s'affaiblissent, quand le mucus s'appauvrit, quand les cellules de Paneth fonctionnent mal, quand la production d'IgA baisse ou que les jonctions se relâchent, le terrain devient permissif. C'est là qu'une pullulation comme le SIBO peut s'installer, non pas parce que les bactéries seraient devenues plus agressives, mais parce que la porte a été laissée ouverte. C'est exactement pour cela que je m'intéresse autant au terrain qu'aux bactéries : un intestin dont les défenses tiennent leur rôle résiste au déséquilibre.

Soyons claires : les signes d'une dysbiose ne sont pas spécifiques, et c'est justement pour cela qu'on passe si souvent à côté. Les plus fréquents sont digestifs, ballonnements, distension abdominale, douleurs, troubles du transit, mais le retentissement dépasse souvent largement l'intestin.
Parce que votre microbiote ne travaille pas que pour votre digestion. Il participe à votre immunité, à la production de neurotransmetteurs, à la gestion de l'inflammation, à la fabrication de certaines vitamines, à l'équilibre hormonal, à la détoxification. C'est pourquoi un déséquilibre peut s'accompagner de fatigue, de troubles de l'humeur, de problèmes de peau, d'une baisse des fonctions cognitives, d'une sensibilité alimentaire qui s'installe. Ce lien entre l'intestin et le reste du corps, je le développe dans mon article sur l'intestin poreux et ses répercussions jusqu'au cerveau.
Cela dit, parce que ces signes sont communs à beaucoup d'autres situations, ils ne suffisent pas à eux seuls à affirmer une dysbiose. Mais ils justifient de creuser de ce côté-là.
Un test de selles est un outil utile, quand on sait quel laboratoire choisir, et comment interpréter les résultats. Bien choisi, il donne une photographie de votre microbiote, ses grandes familles, sa diversité, ses marqueurs de fonctionnement, la production d'acides gras à chaîne courte, certains métabolites, des marqueurs d'inflammation. C'est une information de départ précieuse, un support concret pour orienter le travail.
Mais, et c'est là tout le métier, un test ne vaut rien sans le praticien qui l'interprète. La recherche montre que ces tests manquent encore de standardisation, et qu'un même échantillon peut donner des résultats variables d'un laboratoire à l'autre. Il existe différentes méthodes d'analyse de la flore, avec pour chacune des avantages et des inconvénients. Cela ne les rend pas faux, cela veut dire qu'il faut être bien formé pour les interpréter, et toujours se rattacher à la clinique. Un résultat de microbiote se lit toujours à la lumière de votre histoire, de vos symptômes, de votre parcours, exactement comme un bilan sanguin ne s'interprète jamais sans le contexte selon moi. Le test oriente, mais c'est la clinique qui décide.
Je reçois très régulièrement des femmes épuisées par des années d'errance, avec parfois un rapport de microbiote déjà en main et un constat : « j'ai une dysbiose ». Ce mot fonctionne souvent comme un point d'arrêt, une sentence, alors qu'il devrait être un point de départ. Une fois posé, il dispense de chercher plus loin. Or c'est justement « plus loin » que se trouve ce qui change vraiment les choses.
Parce que la vraie question n'est pas seulement « quelles bactéries sont déséquilibrées », mais « pourquoi votre terrain a-t-il laissé ce déséquilibre s'installer ». Et ça, aucun rapport de microbiote ne vous le dira. Je le reconstitue en vous écoutant, longuement. Comment mangez-vous, à quel rythme, mastiquez-vous ou avalez-vous en huit minutes votre repas ? Comment fonctionnent votre acidité gastrique, votre sécrétion biliaire, votre motricité digestive ? Quel est votre apport réel en fibres ? Quels antibiotiques avez-vous pris, et quand ? Où en est votre stress chronique ? Ce temps d'analyse, le parcours conventionnel n'a pas toujours les moyens de vous l'offrir sur ces terrains chroniques, et c'est exactement ce que je viens compléter.
Les femmes chez qui les choses bougent le plus ne sont pas celles ayant pris les derniers probiotiques à la mode, mais celles chez qui on a rétabli les grandes fonctions régulatrices : une motricité qui redémarre, des repas structurés et complets, une sécrétion biliaire efficace (un sujet que j'aborde à propos des signes d'un manque de bile), des fibres réintroduites progressivement selon la tolérance, un microbiote qu'on renourrit progressivement au lieu de l'appauvrir par toujours plus de régimes d'éviction.
Il n'y a pas de protocole universel. Le rééquilibrage est forcément unique, puisqu'il doit partir de vos déséquilibres propres.
Concrètement, cela passe par retrouver une digestion haute qui fonctionne (mastication, acidité, bile), relancer une motricité digestive efficace, réintroduire progressivement les fibres qui nourrissent vos bonnes bactéries, apaiser le stress chronique qui pèse sur tout le système digestif, et traiter en amont ce qui a déclenché le déséquilibre quand c'est identifiable (une suite d'antibiotiques, un épisode infectieux, une période de vie difficile...). C'est un travail patient, individualisé, qui ne ressemble jamais à celui de quelqu'un d'autre. Et c'est précisément parce qu'il est individualisé qu'il donne des résultats là où les protocoles standardisés échouent.
Take care 💙
The Inner Blueprint™
Mon accompagnement terrain-based pour les femmes en quête d’un suivi sur-mesure pour leurs troubles chroniques.

6 min de lecture

9 min de lecture

5 min de lecture