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Pourquoi votre système immunitaire s'attaque-t-il à votre thyroïde ? Génétique, iode, infections, post-partum, carences, stress : le tour des vraies causes de la maladie d'Hashimoto, pour comprendre d'où elle vient et agir à la source.

Hashimoto est une maladie auto-immune qui naît de la rencontre entre un terrain génétique et des déclencheurs : excès d'iode, infections, carences, bouleversements hormonaux, stress chronique. Les gènes chargent le fusil, l'environnement appuie sur la détente. Comprendre quels déclencheurs sont en jeu chez vous, c'est ce qui permet d'agir sur les causes de façon individualisée.
Face à une thyroïdite de Hashimoto, la médecine traite l'hypothyroïdie qui en résulte, en apportant l'hormone qui manque. Mais elle interroge rarement la vraie question : pourquoi votre système immunitaire s'est-il mis à attaquer votre thyroïde ? Car Hashimoto n'est pas d'abord une maladie de la thyroïde, c'est une maladie du système immunitaire, qui prend la thyroïde pour cible. Et tant qu'on ne cherche pas ce qui a déréglé ce système, on gère les conséquences sans toucher à la source.
Cet article fait le tour de ce que la science identifie aujourd'hui comme les causes et déclencheurs de Hashimoto, du mieux établi au plus discuté.

En partie, oui. Pour être précise, on hérite d'une prédisposition à la développer. Les études de jumeaux estiment la part génétique de la maladie autour de 65 %, et le risque est nettement plus élevé quand un proche est déjà touché. C'est aussi une maladie très féminine : elle touche près de trois fois plus de femmes que d'hommes.
Concrètement, ce dont on hérite, ce sont des variations de gènes qui règlent le comportement du système immunitaire (comme HLA-DR, CTLA-4 ou PTPN22) et de gènes propres à la thyroïde. Ces variations rendent le système immunitaire plus enclin à se tromper de cible et à s'attaquer à la glande.
Mais voici le point essentiel, et rassurant : la génétique n'est pas une fatalité. Avoir la prédisposition ne suffit pas à déclencher la maladie, il faut que quelque chose vienne l'activer. Ce qui appuie sur la "détente", ce sont les déclencheurs environnementaux, et eux, contrairement aux gènes, on peut souvent agir dessus. C'est précisément là que se joue mon travail.
Voici l'un des points les plus contre-intuitifs du sujet : dans le cadre de l'auto-immunité thyroïdienne, c'est l'excès d'iode, et non la carence, qui pose problème. Un apport chroniquement élevé en iode favorise la thyroïdite auto-immune, parce qu'une thyroglobuline très iodée devient plus visible pour le système immunitaire, donc plus susceptible d'être attaquée.
C'est important, car beaucoup de personnes atteintes de Hashimoto, croyant bien faire pour leur thyroïde, se supplémentent en iode ou consomment de grandes quantités d'algues. Sur un terrain auto-immun, cette démarche peut entretenir le feu plutôt que de l'éteindre. L'iode n'est pas un ennemi en soi, votre thyroïde en a besoin pour fonctionner, mais dans Hashimoto, la question de la dose est délicate et mérite d'être individualisée, pas gérée à l'aveugle.
Certaines carences comptent particulièrement dans Hashimoto, parce que les nutriments concernés sont impliqués à la fois dans la fabrication des hormones thyroïdiennes et dans la régulation du système immunitaire.
Le sélénium est sans doute le plus documenté. Une carence en sélénium est un facteur de risque modifiable de Hashimoto : dans une étude de cohorte prospective, un faible statut en sélénium multipliait par plus de trois le risque de développer la maladie. Et sa supplémentation peut faire baisser le taux d'anticorps anti-thyroïdiens.
Le fer est souvent négligé. Or l'enzyme qui fabrique les hormones thyroïdiennes, la thyroperoxydase, a besoin de fer pour fonctionner, et c'est justement elle qui est prise pour cible dans Hashimoto. Les carences en fer sont fréquentes chez ces patientes, notamment parce que des affections comme la gastrite auto-immune ou la maladie cœliaque, souvent associées, en gênent l'absorption.
La vitamine D est plus discutée. Certains essais montrent qu'une supplémentation peut réduire les anticorps anti-thyroïdiens, mais les revues restent prudentes sur la portée réelle de cet effet. Il faut la surveiller, sans en faire une solution miracle.
Oui, c'est l'un des déclencheurs les plus étudiés. Certaines infections chroniques peuvent enclencher ou entretenir l'auto-immunité thyroïdienne, principalement par un mécanisme appelé mimétisme moléculaire : quand un microbe ressemble suffisamment à une structure de votre thyroïde, le système immunitaire, en attaquant l'intrus, finit par attaquer aussi la glande.
Les associations les plus claires concernent la bactérie Helicobacter pylori, impliquée dans les infections de l'estomac, et le virus de l'hépatite C. D'autres virus sont suspectés, mais avec un niveau de preuve moindre. Concrètement, cela veut dire qu'une infection ancienne ou passée inaperçue peut faire partie de l'histoire de votre Hashimoto, et qu'elle mérite d'être recherchée quand le contexte le suggère.
Parce que la grossesse et surtout le post-partum sont une période de grand bouleversement immunitaire et hormonal, reconnue comme une fenêtre de déclenchement des maladies auto-immunes thyroïdiennes. Pendant la grossesse, le système immunitaire se met en retrait pour tolérer le bébé, puis se réactive fortement après l'accouchement. Chez une femme prédisposée, ce redémarrage peut déraper et se retourner contre la thyroïde.
C'est pour cela que de nombreuses femmes voient leurs premiers symptômes apparaître dans les mois qui suivent une naissance, souvent mis sur le compte de la fatigue normale du post-partum. Si vous vous reconnaissez dans ce scénario, ce n'est pas un hasard, et cela vaut la peine d'être exploré.
Oui, et c'est une piste sérieuse, même si la preuve causale reste à consolider. Un déséquilibre du microbiote intestinal et une altération de la barrière intestinale figurent parmi les facteurs environnementaux associés à l'auto-immunité thyroïdienne. L'idée est qu'une barrière intestinale devenue trop perméable laisse passer des éléments qui entretiennent l'inflammation et la dérégulation immunitaire, sur un terrain déjà prédisposé.
C'est un sujet à part entière, que je traite en détail dans mon article dédié, Maladie d'Hashimoto et microbiote intestinal. Retenez ici que l'intestin fait très souvent partie de l'équation, sans en être forcément la cause unique.
La réponse honnête et surprenante est : pas systématiquement. La maladie cœliaque, une intolérance auto-immune au gluten, est une comorbidité fréquente de Hashimoto, et les deux partagent des mécanismes auto-immuns. Chez une personne cœliaque ou réellement sensible au gluten, l'éviction est clairement nécessaire.
En revanche, l'idée qu'un régime sans gluten serait bénéfique pour toutes les personnes atteintes de Hashimoto n'est pas soutenue par les preuves disponibles. Un petit essai a certes montré une amélioration de l'auto-immunité thyroïdienne sous régime sans gluten chez des femmes concernées, mais cela ne suffit pas à en faire une règle universelle. Ma position : le sans gluten peut être un outil dans certains cas, mais il m'arrive très souvent de le laisser dans l'alimentation d'une patiente Hashimoto, tout simplement parce que l'éviction ne se justifie pas dans son cas.
C'est plausible, et souvent rapporté : le stress chronique est cité parmi les facteurs environnementaux de l'auto-immunité thyroïdienne, sans que la science ait tranché aussi nettement que pour la génétique ou le sélénium. On parle donc d'un facteur crédible et cohérent avec ce qu'on sait du lien entre stress et immunité, plus que d'une cause formellement démontrée.
Le mécanisme suspecté est logique : un stress permanent dérègle l'axe qui pilote votre réponse au stress et entretient un état inflammatoire de bas grade, deux conditions défavorables sur un terrain auto-immun. Si l'épuisement et le stress chronique font partie de votre histoire, ce n'est pas anodin, et c'est un levier sur lequel on peut agir. J'aborde d'ailleurs cette dimension physiologique sur ma page Récupérer d'un burn-out.
Au-delà de ce que la littérature établit fermement, mon expérience auprès de femmes atteintes de Hashimoto fait ressortir des déclencheurs plus difficiles à prouver, mais que je vois souvent revenir.
Le premier est le poids des traumatismes et du stress précoce non résolus. Et là, la science commence à rejoindre l'observation clinique : une grande étude menée chez des femmes a relié les expériences difficiles de l'enfance à un risque accru de maladie thyroïdienne à l'âge adulte, en partie via l'anxiété et la dépression, et une méta-analyse retrouve une association entre adversité dans l'enfance et maladies auto-immunes, tout en appelant à la prudence vu l'hétérogénéité des données. Le mécanisme avancé, un stress précoce qui dérègle durablement la réponse immunitaire et inflammatoire, est cohérent avec ce que je constate.
D'autres pistes que je surveille, sans les surinterpréter, relèvent davantage de l'observation : la charge parasitaire chronique et l'exposition aux moisissures et à leurs toxines, sur lesquelles la preuve scientifique solide manque encore, mais qui, dans certains parcours, semblent participer au terrain. Je constate aussi d'autres infections : EBV et candidose reviennent souvent, ainsi que certains métaux lourds comme le mercure et l'arsenic.
S'il fallait retenir une chose : Hashimoto n'a presque jamais une seule cause, mais une combinaison qui vous est propre. Un terrain génétique, puis un ou plusieurs déclencheurs qui se sont additionnés dans votre histoire. C'est exactement pour cela qu'un protocole standard, identique pour tout le monde, échoue si souvent. Mon travail de praticienne en santé fonctionnelle consiste à reconstituer votre chronologie, à repérer ce qui a pu allumer et entretenir la maladie chez vous, et à agir sur ces leviers, en complément de votre suivi médical.
Take care 💙
The Inner Blueprint™
Mon accompagnement terrain-based pour les femmes en quête d’un suivi sur-mesure pour leurs troubles chroniques.

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