Notre corps produit des dizaines d’hormones chaque jour, des molécules naturelles ayant pour objectif d’induire des effets précis sur l’organisme, pour notre santé et nos fonctions diverses. Par ailleurs, toutes nos hormones fonctionnent en réseau interconnecté : aucune hormone ne fonctionne seule, dans son coin. Elles s’autorégulent continuellement, tout est finement orchestré, comme une symphonie. De ce fait, toute rupture de l’équilibre peut produire des réactions en chaîne.
Le cycle hormonal féminin est complexe, et passionnant. Au-delà de la simple reproduction, les hormones sexuelles jouent des rôles pluriels chez la femme, allant de la santé mentale, à la digestion, en passant par le métabolisme.
Les déséquilibres des hormones sexuelles peuvent être isolés ou combinés avec d’autres problématiques hormonales. Par exemple, on constate très souvent une altération de la fonction thyroïdienne en même temps que des troubles comme le SOPK. Pour illustrer cela, sachez par exemple que la T3 est indispensable à l’ovulation, et donc à la production de progestérone. La progestérone est elle-même nécessaire pour réguler les œstrogènes (risque de dominance oestrogénique) et d’autres fonctions encore (sommeil, thermorégulation, santé mentale, protection endométriale etc).
Des hormones sexuelles non équilibrées, souvent en faveur des œstrogènes et/ou testostérone, peuvent donner des symptômes type SPM, règles abondantes, irrégularité du cycle. La réponse usuelle est souvent « pilule » pour réguler artificiellement le cycle, mais ça ne règle absolument pas les mécanismes sous-jacents.
Aaah la thyroïde, certainement le motif de consultation que j’ai le plus reçu depuis mes débuts, et pour cause, de nombreuses femmes sont touchées par les troubles thyroïdiens, surtout l’hypothyroïdie (classique ou Hashimoto).
La thyroïde est le chef d’orchestre du métabolisme, et à ce titre, la T3 (triiodothyronine) conditionne la stabilité de l’énergie et du métabolisme énergétique, de la température corporelle, de la régulation menstruelle, de l’humeur etc.
La conversion périphérique de T4 en T3, indispensable à la santé hormonale, dépend d'enzymes clés, les désiodases. Ces enzymes sont sensibles à plusieurs facteurs bien établis, dont l’inflammation systémique, le stress chronique, la disponibilité de certains micronutriments et certaines variations hépatiques et intestinales.
Sur le plan reproductif, les hormones thyroïdiennes influencent directement l’expression de la SHBG (sex hormone–binding globulin), la qualité de l’ovulation, la fonction lutéale et la régularité du cycle. Une hypothyroïdie, même modérée, peut donc induire des troubles du cycle menstruel, dont des cycles anovulatoires.
L’axe thyroïdien réagit également au cortisol. Un excès de cortisol diminue la conversion de T4 en T3. Oui, encore le stress chronique !
Enfin, la thyroïde interagit avec le métabolisme glucidique. Une hypothyroïdie augmente la résistance à l’insuline, tandis qu’une hyperthyroïdie augmente la vitesse du métabolisme glucidique, ce qui influence l’énergie, la régulation du poids et la stabilité du cycle. Ces effets, bien décrits dans la littérature endocrinienne, soulignent la place centrale de la thyroïde dans la vision santé hormonale 360°.
Les glandes surrénales jouent un rôle central dans la santé hormonale, car elles produisent trois familles majeures d’hormones : les glucocorticoïdes (cortisol), les minéralocorticoïdes (principalement l’aldostérone) et des androgènes surrénaliens (DHEA, androstènedione). Bien que l'ATCH stimule surtout la libération de cortisol, il participe aussi aux autres.
Le cortisol régule la réponse au stress, la glycémie, la pression artérielle, l’immunité, et le rythme circadien (en tandem avec la mélatonine). Lorsqu’il est sécrété en excès et de manière prolongée, il perturbe l’ovulation, diminue la conversion de T4 en T3, augmente la résistance à l’insuline et fragilise le sommeil ainsi que la stabilité émotionnelle. A travers ces impacts, on comprend pourquoi le stress chronique peut entraîner un dérèglement hormonal global. Les femmes ayant subi un burn out connaissent les symptômes systémiques de cet effondrement.
La DHEA occupe une place particulière, puisque c’est l’un des androgènes surrénaliens les plus abondants, et le précurseur de nombreuses autres hormones. La DHEA contribue au bien-être émotionnel, à la libido, à la modulation immunitaire, et à la résistance au stress. Son taux diminue naturellement avec l’âge, mais il diminue aussi lors du stress chronique. C’est pourquoi il est courant de constater dans les analyses des femmes stressées une baisse de la DHEA, jusqu’à un effondrement en burn out. Son manque peut causer une baisse de résilience face au stress, une fatigue persistante, une irritabilité accrue et une diminution de la qualité ovulatoire.
L'insuline, sécrétée par la pancréas, est souvent réduite à la simple question du diabète, ce qui lui vaut une mauvaise réputation, comme pour le cortisol. Mais aucune hormone n'est mauvaise, elles remplissent toutes des fonctions essentielles à notre survie. En revanche, leur déséquilibre (excès ou insuffisance) sera néfaste. C'est exactement le cas de l'insuline. L'insuline est indispensable à la régulation du glucose sanguin et du métabolisme énergétique. Elle influence aussi les hormones sexuelles, la fertilité, l’ovulation, la production d’androgènes et la synthèse de molécules comme le cholestérol.
L'insuline en excès chronique peut provoquer :
- une diminution de la production hépatique de SHBG, ayant pour conséquence d'augmenter les fractions libres (et donc biologiquement actives) des androgènes et œstrogènes. Cette modification accentue les symptômes tels que l’acné, la perte de cheveux, les cycles irréguliers, le SPM et les fluctuations émotionnelles;
- une altération de la conversion de T4 en T3;
- des hypoglycémies réactionnelles, provoquant de l’irritabilité, anxiété, fatigue post-prandiale et appétit perturbé.
La résistance à l'insuline est un problème cellulaire, et non un problème hormonal. A ce titre, la prise en charge de l'insulinorésistance ne peut pas se résumer à la suppression des glucides, parce que ça ne fait que masquer le problème sans le résoudre.
La relation entre insuline, thyroïde et cortisol forme un triangle métabolique fondamental. Un excès de cortisol, présent dans le stress chronique, augmente la glycémie et la résistance à l’insuline. Une hypothyroïdie ralentit le métabolisme glucidique et favorise la prise de poids. Ces interactions montrent que le pancréas ne peut être dissocié de l'écosystème endocrinien.